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Protéger ses oreilles sans se prendre la tête Posté le 08 janvier 2008 à 10:30:00 CET par la Rédaction
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 Le « tout à donf’ », c’est criminel pour vos oreilles… Dans ce dossier, vous trouverez tout ce que vous devez savoir
pour prendre soin de votre audition. Parce que c’est votre premier atout en tant que musicien…
Et pour que vous conserviez toute votre vie le plaisir de jouer et d’écouter…
Au temps des guitar-heroes, quand la magnificence
d’un groupe se mesurait au nombre de
stacks alignés sur la scène,Deep Purple se disait
fièrement « the loudest group on Earth »,titre
un peu trop revendiqué, et Ted Nugent donnait la recette
d’une galéjade de soi-disant pigeon « désintégré en passant
devant les amplis », tout en claironnant « Si c’est trop fort,
vous êtes trop vieux »…
On vivait alors dans la plus pure inconscience auditive.Passons
sur la tentative de Manowar de figurer en 1994 au Guinness
des Records, section niveau sonore déployé… Heureusement,
ce genre de catégorie n’existe plus ! Le temps passe
et les temps changent. Ted Nugent a avoué que ses oreilles
n’en sont pas sorties indemnes. Jim Marshall lui-même
a pourtant bien dit qu’il n’y avait pas besoin de régler ses
amplis à fond pour les faire sonner !
Et les dégâts sont immenses : citons au moins Pete Townshend,
qui date sa prise de conscience de 1974,Sting,Jeff Beck,
Eric Clapton… Ah ! Et avant que vous ne filiez plutôt lire les
pages «matos»,ma guitare est équipée de deux (très) puissants
humbuckers céramique,et se branche dans un ampli à lampes,
à travers une distorsion « metal » pour les vitamines…
EN THÉORIE
Il n’y a pas que les bruits désagréables qui présentent un
danger pour votre audition. Emporté par la musique, on
fait moins attention ! Les mesures sur des personnes longtemps
exposées à des niveaux sonores élevés montrent que les
sons aigus sont plus dangereux et traumatisants que les
graves.C’est vers 4 000 Hz (son metal !) que les cellules sensorielles
contenues dans la cochlée sont les plus sensibles et
les plus fragiles.
Le son est un phénomène vibratoire, caractérisé par son
intensité et sa fréquence.(1Hz = une vibration par seconde).
L’être humain jeune et en bonne santé perçoit les sons de
20 Hz à 20 000 Hz environ.Le décibel (dB) permet de quantifier
son intensité,parce que son échelle,logarithmique,correspond
à la progression de la sensation en fonction de la variation
du niveau. Pratique !
On utilise généralement le dB A,qui tient simplement compte
de la plus grande fragilité de l’oreille aux aigus,pour mesurer
la nocivité d’un son, et le dB C pour les niveaux de crête,
ou quantifier la gêne. Une augmentation de 3 dB correspond
à une multiplication par deux de la pression acoustique,
donc de l’énergie sonore, ce qui correspondrait à…
doubler le nombre d’amplificateurs ! Ainsi, 80 dB + 80 dB
= 83 dB ! Question sensibilité, un musicien peut discerner
une différence de l’ordre de 1 dB.
PRINCIPE DE PRÉCAUTION !
Nous ne sommes pas égaux devant la quantité de dB, pas
plus que devant le risque de coup de soleil. Impossible de
prévoir quelle sera l’atteinte en fonction de la « dose » pour
une personne donnée, mais il est bon de connaître certaines
références. À bon entendeur… Le décret du 19 juillet
2006 stipule qu’à partir de 8 heures d’exposition à un niveau
sonore continu équivalent de 80 dB A,ou 135 dB C en crête,
il existe un risque auditif et que des mesures de prévention
doivent être prises (formation, information, proposition
de suivi médical).
À partir de 85 dB A (ou 137 dB C en crête, soit le niveau
d’une caisse claire) il faut prendre des mesures techniques
de réduction du bruit,d’organisation du travail.Le suivi médical
est alors renforcé… L’employeur doit veiller au port des protecteurs
auditifs, et a une obligation de résultat… La valeur
limite d’exposition quotidienne est de 87 dB A,ou 140 dB C
en crête, protections comprises.
Ces dispositions, actuellement en vigueur dans le monde
du travail classique,seront étendues au secteur de la musique
et des loisirs dès le 15 février 2008, ce qui nous laisse un
délai raisonnable pour nous adapter… à condition de ne
pas trop perdre de temps…

LE RISQUE
Qui n’a pas eu,au sortir d’une soirée,les oreilles qui sifflent,
c’est-à-dire un acouphène, sensation sonore ne provenant
pas de l’extérieur,avec une hypoacousie,impression de tout
entendre moins fort (moteur,radio,etc.),et même pour certains
une sensation d’oreille « bouchée par du coton » ? Ce sont
des signes de souffrance de l’oreille,et sachez que si ce genre
de symptôme persiste plus de 48 heures,il s’agit d’un traumatisme
sonore aigu et d’une urgence thérapeutique.Plus précoce
est le traitement, meilleures sont les chances de récupération.
Tiens,j’en vois qui respirent : « Si je récupère, ce n’était
que de la fatigue auditive »… Eh bien, pas vraiment…
En fait, tout compte : l’intensité, la durée et la répétition
de l’exposition. L’oreille s’abîme déjà,petit à petit, par vieillissement
naturel (presbyacousie),mais en cas de sur-stimulation,
d’autres phénomènes peuvent intervenir. Les cellules
ciliées externes,spécialisées dans la réponse à une fréquence,
pourront voir leurs cils arrachés par la violence de leurs
mouvements. Il n’est pas possible,
à l’heure actuelle,de réparer.Ce serait donc comme de baisser
certains des curseurs d’un égaliseur graphique et de les
souder, au pire, définitivement en bas. La vie de tous les
jours pourrait en être affectée,avec une baisse de dynamique,
de sélectivité fréquentielle, des confusions phonétiques.
C’est votre propre rapport signal-bruit qui serait dégradé…
Bien entendu, on dispose d’aides auditives, avec amplification
potentiellement puissante,DSP,traitements du signal
en temps réel,compressions… Mais,malgré la performance
du matériel, le résultat après rééducation sera tributaire
de ce qu’il restera d’audition. Il faut aussi parler de ceux
qui,après exposition à des niveaux excessifs,souffriront d’hyperacousie,
soit la perception des sons à un niveau plus élevé
que la réalité. Dans les cas graves, tout bruit peut même
devenir pénible, insupportable ou douloureux… Enfin, sur
Internet, nombreux sont ceux qui écrivent sur le risque de
se crever les tympans ; de fait ce n’est qu’une image,l’atteinte
de l’oreille interne, définitive, est beaucoup plus grave.

JUSQU’OÙ ALLER ?
La solution la plus efficace est une retenue à la source :
limiter le niveau.Un vrai ingénieur du son soignera sa balance,
maniant magistralement le master volume. Un guitariste
aimant les amplis furieux pourra s’offrir un atténuateur de
puissance (Power Brake). Sachez aussi qu’on trouve facilement
des sonomètres,et ce au prix d’une pédale de distorsion…
On pourra aussi augmenter la distance par rapport
à la source. En plein air, en la doublant, le niveau sonore
diminue de 6 dB.
Un troisième et excellent principe, est l’aménagement de
pauses, (10 minutes de repos auditif, pendant un concert,
permettent aux mécanismes de réparation d’agir),d’autant
plus que de processus physiologiques de protection peuvent
donner envie de monter peu à peu le niveau sonore pour
maintenir la sensation. Le risque d’atteinte auditive croît
très vite avec la durée (le temps d’exposition doit être divisé
par deux à chaque augmentation de 3 dB). Il faudra prévoir
des périodes de récupération les lendemains de concerts…
Quant au baladeur,il vaut mieux le manier avec des pincettes,
même si son niveau de sortie est limité par la loi. Et
attention en achetant un nouveau casque : un rendement
supérieur peut booster le niveau de sortie ! Et si vous êtes
un professionnel, méfiez-vous, une simple recherche Internet
sur le rendement des casques a fait ressortir en première
page un modèle de marque connue, destiné aux pros et délivrant 120 dB à 1 000 Hz (cf. Tableau des niveaux), et
ce n’est pas le record… Enfin, au chapitre des solutions, il
ne faut pas oublier le local et son aménagement acoustique
(revêtement),d’ailleurs dans le cas des professionnels,
ce n’est pas une option.

POUSSONS LE BOUCHON
Patrick Rondat,guitariste virtuose que vous connaissez bien,
utilise préventivement des protections depuis des années
et m’a demandé de vous transmettre ceci : « Protégez vos
oreilles, ça reste vos meilleurs instruments. La plupart des
musiciens professionnels que je connais se protègent les
oreilles, sur scène ou en répétition. » Superbe résumé.
Un petit tour d’horizon des protections disponibles s’impose.
Commençons par le casque. Passif, il n’est pas très linéaire,
déforme beaucoup le son, et sera surtout efficace contre
les hautes fréquences,donc bien adapté au bricolage,jardinage,
etc. Il peut cependant être utilisé en concert par les
techniciens du son et les batteurs (Max Roach). Certains lui
préfèrent un casque audio…
Dans ce numéro, vous avez trouvé une paire de bouchons
pré-moulés en mousse polyuréthane, efficaces (réduction
du bruit de 35 dB),qui s’adaptent facilement,et sont jetables
quand ils sont sales… Il existe d’autres modèles,en silicone
souple ou en fibres,minérales ou végétales,enrobés ou non
de ce matériau de synthèse. Tous sont d’un rapport
sécurité-prix inégalé. Prévus au départ pour l’industrie, ils
déforment quelque peu le son, mais c’est un moyen de se
protéger,en situation.Pour quelques dizaines d’euros la paire,
viennent ensuite des modèles standard, réutilisables,
employant un système passif avec des filtres acoustiques,
doublés ou non de membranes (et/ou avec des chambres
de résonance, comme dans une guitare sèche…). Ainsi, le
son arrivant au tympan, atténué en général de 15 dB ou
25 dB au choix, sera proche du timbre naturel.
Pour une centaine d’euros la paire vient ensuite le « sur mesure».
Le filtre sera intégré dans un embout acrylique ou silicone,
moulé selon votre anatomie. La prise d’empreintes nécessaire
à sa réalisation, à l’intérieur de votre conduit auditif,
donc près du tympan,n’est pas un acte anodin et devra être
confiée à un professionnel (audioprothésiste…),avec de vraies
conditions d’hygiène et de sécurité… Et il pourra, dans sa
cabine insonorisée,contrôler l’efficacité de votre protection.
Exposé(e) à des niveaux qui le justifient, vous devriez d’ailleurs
en profiter pour démarrer votre suivi ORL.
Puis vient une solution, plus onéreuse et employée par les
professionnels,dont les stars : les retours actifs (ear monitors),
pouvant être équipés d’un embout standard ou moulé sur
mesure.Mais attention,comme pour les
casques, les niveaux délivrés peuvent
être très élevés et il faudra trouver le
juste réglage,pour entendre sans préjudice
pour son oreille interne.
Tous les dispositifs cités nécessiteront
un temps d’adaptation,surtout pour ceux
d’entre vous qui chantent, à cause de
l’autophonie, la perception d’une
résonance à sa propre voix,variable selon
les modèles, mais qui peut être évitée
dans le cas d’un « sur-mesure » correctement
réalisé (insertion profonde). Il
existe de nombreuses marques,modèles,
filtres,et une bonne piste est d’en parler
entre musiciens,et avec les professionnels
spécialisés.Appelez-les donc avant
de passer les voir !

SORTEZ (C)OUVERTS
Question audition,nous faisons partie des groupes à risque.
Pour conserver longtemps le plaisir de jouer, il faut tout
faire pour éviter une « dévaluation » accélérée de son capital
auditif. Les solutions ne manquent pas… Maîtrise et mesure
des niveaux, éloignement par rapport à la source, pauses
réparatrices, choix et aménagement du local, protections,
contrôles réguliers… Certains ont trop tendance à confondre
qualité et quantité sonore. Et pour finir, un bon moyen
de repérer une zone de risque ou de danger, s’il y a besoin
de crier pour communiquer, sortez…
J-L Horvilleur
Audioprothésiste D.E.
Remerciements :
Docteur Christian Meyer-Bisch, Docteur Alain Horvilleur, Jérôme
Jilliot, Priscille Angot, Marshall Amplification (Joel Richardson), Arlette Reby (Phonak France), Nadège Ouidrane (Siemens
Audiologie), Clémence Sauzay (Journée de l’audition)…
Article paru dans Guitar Part 160 : Texte intégral disponible au téléchargement ici : http://audioprothesiste.googlepages.com/articlepreventionauditiongp160.
Article reproduit avec l'aimable autorisation de J-L Horvilleur.
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